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Titre du blog : lettres de la campagne
Auteur : sorel
Date de création : 17-05-2008
 
posté le 24-09-2010 à 11:12:05

Rêve de jardin de Valentin.

Un chapitre de la vie de Valentin.

Enfant, il n'avait connu qu'un jardin trop bien "peigné" pour qu'il y trouve quelque plaisir à s'y attarder. On y jouait au croquet en bonne société (le sous-préfet, quelque haut fonctionnaire en goguette), buvait le thé sous un grand tilleul, mais les arbres plantés au bord de pelouses trop bien taillées avaient des allures d'invités trop bien habillés. C'était une manière de damier sur lequel se jouaient les réputations provinciales, se fomentaient les stratégies électorales et peut-être en surplus quelque belle opération commerciale.
 Il rêvait de forêts aux halliers mystérieux, d'allées serpentant parmi des arbres centenaires, et n'avait à sa disposition qu'une nappe de cérémonie où nul rêve ne pouvait éclore. C'est bien après, et après qu'il eut fait l'expérience de la ville et de ses squares fiers de leurs ornements sculptés, qu'il disposa d'un jardin dont tout enfant rêverait qu'il fut sien. On en appréciait l'épaisseur végétale, s'accordait aux capricieux méandres des naissances d'allées qui se perdaient dans des lointains ombreux. Alors, dans le joie toute neuve de s'y attarder, d'y rêvasser, il se posait, au gré de ses fantaisies, en un point d'où il pouvait admirer le développement anarchique des arbres et cette allure presque sauvage qui donne au plus minuscule coin arboré une idée de ce que pouvait être le cadre de quelque conte de fée. Car il attendait toujours les fées, et il savait qu'elles aimaient s'attarder là où la foule ne se presse pas, où le silence n'est interrompu que le chant d'un oiseau ( le soir d'une nuée d'oiseaux chamailleurs). D'en tant aimer l'atmosphère il fomentait le projet d'y finir ses jours sous une simple stèle qui aurait mentionné les dates qui font le grand écart entre sa naissance et sa mort. Il la commanda, laissa le chiffre ultime dans la béance des jours qu'ils lui restaient à vivre. Etait-ce une manière de mieux s'arrimer au lieu dont il se délectait ? Il repensait à l'émotion ressentie lors de ses promenades en quelques lieux où même la mort semblait se vêtir de dignité et défier ses ignominies intimes. Il voulait se construire son Ermenonville privé, sans pour autant se prendre pour Jean-Jacques Rousseau.


 

Commentaires

saintsonge le 24-09-2010 à 12:33:43
Je ne sais si c'est le "sous-préfet ;le grand tilleul (vert du thé), les pelouses trop bien taillées, les forêts aux halliers mystérieux, la nappe de cérémonie, l'attente des fées, la fomentation d'un projet, le chiffre ultime dans la béance des jours, et même cette première ligne de l'enfant - qui - n'avait connu qu'un jardin trop bien "peigné" -", mais votre Valentin - qui vous ressemble bien - a un très bel accent Rimbaldien, ici, dans la rivière du texte où la Belle Ophélia de votre imaginaire glisse dans ses longs voiles phraséo-logiques !... La belle promenade que voilà dans vos souvenirs.... si j'ose dire !