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Titre du blog : lettres de la campagne
Auteur : sorel
Date de création : 17-05-2008
 
posté le 18-07-2011 à 09:41:02

Vuillard au Café.

S'il n'a pas l'audace (agressive) de certains de ses contemporains Vuillard mène, dans la discrétion, une remise au cause de la peinture pour qu'elle vive de son propre souffle au delà du sujet. Non qu'il renonce à celui-ci. Il prédomine toujours et garde sa totale lisibilité. Mais le peintre fait passer, dans l'écriture, une certaine manière de "poser" la peinture, de définir la touche, quelque chose de l'émotion qui justifie cette mise à plat d'un sujet, où il va dénicher une histoire, un déclic qui ne sera pas que visuel, ou à travers lui, traduit une atmosphère, un moment. De grâce, de questionnement, de doute, rarement enjoué (il est d'une nature trop tranquille) mais emporté par la fulgurance (un mot un peu fort pour lui) de l'émotion. Celle-ci reste pourtant trop mesurée pour inspirer un trait de vigueur, encore qu'il y a chez lui, jusque dans sa peinture, cette promptitude de la notation écrite, dessinée, comme chez Toulouse-Lautrec, mais sans la mise à plat de ce dernier, qui impose une image quand Vuillard la fait doucement apparaître comme au sortir d'un rêve (plutôt d'une songerie).
Et le voici au centre d'un lieu qui joue un si grand rôle dans la vie sociale (surtout au XIX° siècle). Il est dans le registre des établissements mondains, avec une certaine élégance dans l'atmosphère (cadre et personnages). S'il se pique d'audace, au delà de la simple lecture d'un lieu et de ses rites, c'est dans cette sorte de dynamique donnée à un vaste travelling avant. Comme une creusée mobile dans le coeur du sujet.