VEF Blog

Titre du blog : lettres de la campagne
Auteur : sorel
Date de création : 17-05-2008
 
posté le 31-07-2011 à 11:16:48

Henri Michaux, des fleurs étranges.

Les dessins de Michaux poussent au milieu des mots, comme une plante étrange au coeur d'un champ de blé. Elle se balance, têtue, hautaine, mais d'où vient-elle, et pourquoi en un lieu où on ne l'attend pas. Sinon que les dessins de Michaux sont de la même main que les mots d'où ils jaillissent. En sont-ils une sorte de reflet ou une quintessence de leur ondulation sur la blanc du papier.
Tout cela est un monde de nature fantastique, tenant de tous les genres sans s'arrêter à aucun. Hybride, comme les moyens utilisés pour lui donner vie.
Des encres, des crayons de couleur, de la gouache, des "cuisines" graphiques turbulentes et agitées comme poussées par un vent qu'on ne voit pas si on en voit les effets. C'est ce lent tremblement qu'évoquait Max Ernst, d'un dessin de l'âme quand celui du corps s'épuise de ses propres effets.
Des dessins qui ne font pas d'effet (n'en jouent pas), ni de ces joliesses qui gâtent parfois les intentions les mieux fondées.
Ils sont drus comme les plantes sauvages (de mauvaises herbes !) et jouant parfois à singer l'homme, en suggérant  la silhouette, cette manière de se dresser comme en une incantation barbare.
Ils sont le surgissement dans notre champ visuel (décidément on ne sort pas de la métaphore agricole) de monstres venus d'au delà des frontières de notre réalité banalisée à outrance (et dominée par des lois rationnelles) . Surgissement fantomatique de notre propre imaginaire angoissé.