VEF Blog

Titre du blog : lettres de la campagne
Auteur : sorel
Date de création : 17-05-2008
 
posté le 17-09-2011 à 10:50:39

Portrait nocturne de Paris.

Bonne feuilles d'un ouvrage en préparation.


Ces bûchers, ces imprécations, cette foule qui encourage la mort, l'applaudit, c'est le point culminent d'un Paris porté au noir.
D'un Paris furieusement gothique, énervé de lune,  de nuits troubles, de créneaux derrière lesquels s'agitent des ombres.
Et sur une Seine noire, étroitement inscrite en son cours parmi de multiples constructions qui sont les bornes des territoires de crime et d'exactions, de lourdes barques transportent des troupes silencieuses et souvent des morts repêchés flottant au fil de l'eau, cousus dans des sacs de cuir.
La voix populaire (et la légende ) dira que ce furent de beaux mais naïfs écoliers pris dans les machinations des belles-filles, folles de leur corps, d'un roi bien malheureux d'avoir à les supporter. C'est à la tour de Nesle qui pointe dans le ciel sa silhouette finement crénelée.
Ce ne sont, alentours, que girouettes qui grincent, toute une ferraille finement ciselée qui tournoit majestueusement dans le ciel.
Et sur ce foisonnement de formes aigues qui font ressembler la ville à une bête menaçante, ou une machine de guerre, lui donnent aussi, au jour, par toute l'étendue de ses toits, des splendeurs d'enluminure. Sous ses combles, aigus comme des couteaux, ce ne sont que labeurs épuisants, conciliabules  secrets et orgies honteuses. Prières et soupirs, plaintes et cris, et toutes les rumeurs se mêlent dans une ville qui est glauque, et terrible, la nuit.
Dans ce Paris pétrifié de terreur, des pas martèlent le pavé. Ce sont des milices qui passent pour chasser le gredin. On entend le bruit des lourdes chaînes que l'on tend à l'entrée des rues pour les barrer aux indiscrets. Dans l'étroitesse étouffante chaque ombre est suspecte. Des portes, jaillissent parfois des couteaux. Ce sont ceux qui, dans une grande envolée de capes, criblent jusqu'à ce que mort s'en suive, Louis d'Orléans, l'amant d'Isabeau de Bavière la perverse.
Le crime rode sous les voûtes étroites des ruelles. Il perdurera.
Il y aura des morts ignobles et des cris, tortures et injustice de toutes sortes.
De siècle en siècle reconduite en sa vilenie, la loi de la rue sera celle du plus fort, du plus fourbe, de l'assassin gagé pour mener à terme les noirs desseins d'une force toujours cachée.
La rue souffre, criaille, s'exténue en colères ;  et même ses joies sont périlleuses.
Dominant la ville de sa sombre et terrible silhouette, voulu pour l'exemple, le gibier de Montfaucon. En cortège on y mène les condamnés. Les cadavres restent parfois suspendus jusqu'à leur putréfaction, attirant les oiseaux de proie, dans un ciel immense traversé par des cohortes d'inquiétants nuages. Ils se meuvent en troupes si denses qu'ils se confondent avec eux.
Toute cette horreur déployée l'est pour l'exemple. Et n'a de sens que dans la mesure où les spectateurs en justifient la pratique.
Paris, théâtre de la mort. Elle s'inscrit  en termes aussi violents que sombres.
Il n'est de mort exemplaire qui puisse être paisible.

petit tableau sinistre à la manière de Aloysius  Bertrand

 

Commentaires

472481 le 17-09-2011 à 12:25:27
La j'ai un peut de mal, mais ne dit ton pas que la nuit touts les loups sont gris alors la prudence reste toujours de mise.

Amitié Nanou
la petite fee week end. le 17-09-2011 à 10:55:08
bonjour

je reviendai sur vos mots....vos pas ....merci de la lecture

bonne journée