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Titre du blog : lettres de la campagne
Auteur : sorel
Date de création : 17-05-2008
 
posté le 24-06-2009 à 11:50:31

Unica Zurn et les mots.

Un titre en forme d'énigme. On saura que le passage du "bas de case" à la capitale entre dans le jeu graphique qui excuse aussi les nombreuses "photes" d'orthographe. Pourtant le texte n'est pas de la nature de ceux que prône Dubuffet pratiquant l'orthographe phonétique, dans un ton de drôlerie totalement exclus ici où le texte, dans ses bavures, ses chutes, ses reprises bizarres, traduit plutôt un certain errement à l'intérieur de la pensée qui se projette dans le texte dans l'instant même de sa formulation, sans aucune "pudeur". Avec parfois de longues brassées verbales, dans une sorte de communion avec la mémoire, et l'instant comme prise suprême sur le réel.
Une mise à nu de la pensée. Une écriture qui colle directement à la fulgurance des images qui la traversent. Avec quelque chose de ce tremblement qui caractérise aussi le dessin d'Unica Zurn, un dessin de dentelle (et de soie). Il cerne les zones dont s'est emparée la folie, ou qu'elle se prépare à conquérir, avec un mélange de souvenirs et cette distorsion portée à la réalité jusque dans ses moindres détails. Unica Zurn est une fanatique du minuscule. Elle a l'oeil d'un microscope, se contente de la plus minuscule surface pour s'épandre. Donnant à son discours les dimensions et la couleur du murmure, comme ces divagations que l'on est parfois amené à abandonner dans le mi temps du sommeil et de l'irruption du réel. Elle a mis ses pas (son âme) dans cet entre temps qu'explorait si bien Gérard de Nerval mais sans se contraindre à une formulation claire et partageable de son intimité. Un peu comme si elle pratiquait un langage codé. Il importe de se souvenir que le français n'est pas sa langue maternelle, mais un espace qu'elle a acquis au nom de la connaissance, et qu'elle se livre à un exercice qu'elle aurait plus naturellement menée dans sa langue (l'allemand) où il aurait perdu sa saveur particulière. Inventant ce langage comme avait pu le faire Nadja, (mais plus portée sur le dessin) ou Léonora Carrington une soeur au delà du miroir.