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Titre du blog : lettres de la campagne
Auteur : sorel
Date de création : 17-05-2008
 
posté le 31-07-2009 à 11:43:59

L'Héliogabale d'Artaud annonce son théâtre.

C'est un ouvrage de commande. D'ailleurs pour le mener à bien Artaud use de l'aide d'un certain Auffret que lui "procure" son éditeur Denoël. Ce dernier consulte les ouvrages de référence dans les bibliothèque, donne à Artaud les éléments d'une riche bibliographie ce qui peut assurer d'un travail mené avec la rigueur du chercheur. De l'historien. Hors Artaud, par tempérament n'est ni l'un, ni l'autre, et attelé à l'histoire d'Héliogabale il reste Artaud. Il utilise son sujet (un personnage hors mesure) pour fortifier ses propres convictions, notions et croyances qui le définissent dans son orgueilleuse et périlleuse singularité.
Héliogabale empereur furtif et télé-commandé par une bande de femelles enragées (Artaud les voit ainsi) devient un personnage de la théâtralogie intime d'Artaud. Un adolescent étincellant et pervers dont la mort signe l'infâmie de la vie
"S'il y a autour du cadavre d'Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé dans les latrines de son palais, une immense circulation de sang et d'excréments, il y a autour de son berceau, une immense circulation de sperme." Le ton est donné, et tout procède de la même fureur provocatrice.
Menant son récit Artaud révèle, au fur et à mesure quelques unes de ses obsessions qui vont trouver cohérence à propos du théâtre, ce Théâtre de la Cruauté où il promulgue des règles depuis largement suivies par les metteurs en scène les plus audacieux. Intervention de la voix qui vient des entrailles et non plus de la tête, et qui est la "musique" de nos instincts les plus forts les plus brutaux. Et de donner à la poésie la force d'une arme capable de bouleverser l'ordre du monde (d'où le thème de l'anarchiste qu'Héliogabale illustre exemplairement). Dans sa folie logique il transforme son règne en une cérémonie sacrée (et éprouvante, et sexuée à l'outrance) et la scène du théâtre est agrandie à la réalité qu'il magnifie en splendides fêtes orgiaques, dépassement de soi, agression constante de toute tempérance confortable. Perturbateur insupportable il étonne, exalte, effrayant au final une foule lasse de ses splendeurs et turpitudes sacrées. Précipité vers la mort la plus ignoble. Artaud en donne une description hallucinée.
L'ouvrage, publié par Denoël en 1934 est tiré à quinze cents exemplaires (plus quelques exemplaires "de tête"). Il en restait encore en 1946 quand le galeriste Pierre Loeb organise une vente pour subvenir aux besoins d'un Artaud réduit à la misère à sa sortie de l'asile de Rodez.